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[ Michel Eisenlohr ]

“Portraits posés”

BIOT

MAISON DU TOURISME

48 rue St Sébastien - Biot

Tél 04 93 65 78 80

du 4 au 25 Septembre

du lundi au vendredi

9h-12h et 14h-18h

samedi et dimanche 14h-18h

 

ESPACE DES ARTS

Chemin de la Fontanette

Tél 04 93 65 07 02

du 26 Septembre au 15 Octobre

lundi : 9h30-16h30

mardi, jeudi, vendredi : 14h-19h

mercredi : 14h-20h

samedi : 9h30-20h

 

 

La tradition du portrait photographique dans les villages africains

 

Je me rends depuis plusieurs années en Afrique de l’Ouest, principalement au Burkina Faso dans le village de Markoy, situé à la frontière du Mali, dans la partie Nord du Pays. Ce village, qui constitue un axe prioritaire dans les voies de communication par la route entre ces deux pays, est une plaque tournante du commerce où de nombreuses ethnies se côtoient dans le calme et le respect (Mossis, Peuls, Bobos, Gourmantchés, Touaregs, Bellas, Mandés, Gourounsis). Il est caractérisé par un marché important chaque semaine, véritable scène photographique.

La première série de portraits au village de Markoy

Mon intention première était d’organiser une rencontre photographique avec certains habitants du village dans la lignée des portraitistes africains (Samuel Foso, Malik Sibide…), mais dans des décors de plein air ou naturels et non pas dans des studios.

Dès mon arrivée, j’ai pu solliciter les habitants directement et commencer mon reportage. Un cérémonial s’est alors mis en place. Vêtus de leurs plus beaux habits (généralement des costumes de fêtes), une quinzaine de villageois seuls ou en famille, se sont prêtés pendant une semaine à la séance de prise de vue. Une réelle complicité s‘est installée avec le s « modèle s ».

Le mélange de spontanéité et de solennité montré par les villageois m'a fait mesurer la différence avec le sujet photographié en terres occidentales submergées par la présence banalisée de l’image.

(…)

Les personnes ou familles qui se prêtent généreusement à ce jeu à la fois grave et ludique, conscientes d’être ainsi considérées comme « modèle », transforment vite la séance de prise de vue en un rituel pointant vers le sacré. L’image recelant encore pour ces personnes toute sa portée et sa magie, au-delà d’un souci esthétique ou d’une beauté subjective, ces portraits représentent pour elles la trace de leur présence, attestant en toute légitimité de leur place et de leur importance.

Il s’agit à travers ce projet photographique, d’approcher d’autres civilisations, d’autres cultures en elles-mêmes, sans les évaluer à la toise des critères intellectuels et esthétiques des occidentaux. Bien que s’inscrivant dans la pratique du portrait posé de la fin du 19 ème siècle, il s’agit ici de s’affranchir d’une certaine distance entre photographe et modèle, d’acquérir une certaine transparence vers une esthétique du portrait plus fluide, plus authentique et humaine.

En reprenant Victor Segalen, je dirais que la prise de vue devrait permettre « de savourer d’un point de vue sensuel et intellectuel, cette sorte de va-et-vient indispensable entre sa propre spécificité et la particularité de l’autre ». Ce mouvement est un moyen d’approcher la connaissance du monde dans sa diversité. D’un point de vue esthétique, c’est une manière de percevoir le beau et d’en jouir grâce à un recul comparable à celui que l‘on opère pour regarder un tableau.

Ainsi les images photographiées ne sont pas des images plus exactes que les autres. Ce sont avant tout des images « transparentes » à travers lesquelles nous voyons ce qui fut photographié. La photographie est une aide à la vision, à la connaissance, comme peut l’être le microscope ou le télescope. Elle nous fait voir des aspects qui ne sont pas ou plus en notre présence. Situation de passage qui prend d’autant plus son importance en Afrique où les traditions résistent fébrilement à l’explosion du monde moderne.

 

Michel Eisenlohr

 

 

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