Elizabeth Choleva

La république tchèque quinze ans après

Retour aux sources

Parfois on pense faire un voyage et puis c’est le voyage qui nous fait.

Partir avec un seul billet : l’aller, partir sans destination, sans rien sauf cet appareil qui va capturer des instants présents qui racontent parfois tout le passé d’un pays, de ses habitants.

Dans le voyage, lorsque ce sont les rencontres ou les intuitions qui nous guident, on découvre la beauté d’une vie simple, celle de l’instant présent. Puis on se découvre, car il faut trouver les repères en soi, alors on partage, un geste, une chanson, et on n’est plus jamais le même.

J’ai connu la Tchécoslovaquie sous la dictature du régime communiste : les longues queues pour acheter certains aliments, les architectures grises du régime, les menaces, la surveillance, l’impossibilité de s’exprimer, d’être ce à quoi on aspirait. Aujourd’hui de nouvelles architectures fleurissent et la majorité du peuple s’habille à la mode de l’ « Ouest », mais qui va apprendre aux individus à ne plus avoir peur de ce qu’ils ressentent, de ce qu’ils sont, le luxe d’être soi-même ?

A travers ce voyage, j’ai vu un pays qui essaye de se libérer de quarante ans de dictature, avec tâtonnements, excès et espoirs. Nombreux sont ceux qui ont encore tout simplement peur d’être ce qu’ils désirent au plus profond d’eux-mêmes et qui se construisent une personnalité pour convenir aux autres. Mais à l’image de cette petite fille qui joue dans une baignoire improvisée, j’y ai aussi aperçue la magie de la vie s’offrir à ceux qui étaient là, ouverts et entiers, prêts à se laisser envahir par une mélodie, un instant, par la vie. Cette magie là ne m’a plus quittée et je souhaite pouvoir l’offrir à mon tour.

 

 

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Expo : Biot

MAISON DU TOURISME
48 rue St Sébastien - Biot
Tél 04 93 65 78 00

 

Questionnaire :

Qu’est-ce qui vous a amené à faire de la photographie ?

Le besoin d’aller au-delà des choses apparentes et l’envie de montrer ce qu’on ne voit pas ou ce qu’on ne veut pas voir. Au début, c’était beaucoup par colère de la misère et de l’injustice. Aujourd’hui je prends conscience de comment l’œuvre affecte celui qui la contemple, c’est pourquoi je souhaite créer une expérience positive, que cela passe par le sujet ou par l’esthétique.

- Etes-vous plutôt numérique ou plutôt argentique ?

Argentique. J’aime choisir les différentes pellicules, leurs formats, le grain, j’aime compter les secondes en bloquant le déclencheur, les bruits mécaniques de l’appareil, toucher la pellicule, le papier, l’odeur des produits et l’ambiance du labo.

- Qu'est-ce qu'un(e) bon(ne) photographe ne doit pas faire ?

Arrêter d’apprendre.

- A votre avis, une bonne photographie de pêche doit-elle sentir le poisson?

Oui, pour ma part, une photo doit faire ressentir l’ambiance du moment, ce que le photographe a perçu du sujet, au-delà de lui-même.

- Dix conseils pour réussir un projet photographique.

Un projet se réfléchit à l’avance, se prépare. C’est mieux si on a un réel intérêt pour le sujet.
Sur le terrain il faut de la sincérité, avec soi et avec l’autre, de l’éthique, de l’audace, une maîtrise technique, de la patience et des chaussures qui tiennent la route.
Ensuite il faut avoir l’œil pour choisir les photos qui sont bonnes et qui, mises ensemble, vont raconter une histoire.

- Quel prix voudriez vendre un tirage format 30x40 numéroté à 25 exemplaires de votre travail ?

Environ 300 euros (puisqu’on ne peut pas avoir un prix qui serait accessible à tout un chacun..)

- Choisissez et commentez une photographie de votre choix en 4 à 7 lignes.

" Exiles " de Josef Koudelka
Au-delà du cadrage et de l’atmosphère qui nous font rapidement entrer dans l’image, c’est un instant de vol partagé sans que personne ne sache, un désir de suivre l’oiseau, quitter le sol pour le rêve de la liberté. Un instant qui ne dure que le temps où le déclencheur reste enfoncé, et pourtant on l’emporte avec soi dans sa vie, dans sa solitude. Seul le saura celui qui en regardant la photographie ressentira ce même besoin d’aller plus loin, là où la elle ne fait que réveiller en nous des choses qui y sont déjà.

- Qu'y a t'il sur les murs de votre salon ?

"Princezna Hyacinta" de Mucha, une photo N/B d’une statue du cimetière de Prague, "Exiles" de Josef Koudelka, des photographies d’inconnus, une libellule en tissus…

- Si vous étiez un appareil photo, vous seriez... ?

Intégré à l’œil pour n’être vu de personne et toujours disponible. Sauf que ça pourrait aboutir à une violation de l’intimité de l’autre. Finalement, un boîtier normal c’est très bien, ca permet une réaction en retour et ca crée un lien.