Veronaise

 

Shorts stories from Vietnam

De déambulations en rêveries, promeneuse solitaire, j’erre mon regard sur les routes terreuses de la Terre de mes ancêtres. De la poussière vole. Ce n’est pas un nuage, c’est une brume. De chaleur. De poussière. Je cligne des yeux. Le soleil un instant pénètre ma rétine. J’hume l’air. Il est chargé. D’odeurs. Je réouvre les yeux un instant, j’aperçois deux bonzes qui traversent la route. Une apparition. Un moment de sérénité. Ils sont venus mendier de la nourriture. Et repartent dans la forêt comme ils sont arrivés. Comme par enchantement. Dans leur tenue orange safran. Des bouddhistes. Des moines sur le chemin de l’éveil. Qui cherchent au delà des contingences matérielles, une élévation spirituelle, une abolition des souffrances humaines qui nous gouvernent. Je ne peux voir leur visage d’ici. Mais je peux le deviner calme et placide, parfois presque espiègle, et ressentir leur rayonnement à leur démarche et cette plénitude qui accompagne leurs mouvements tranquilles et assurés. Presque félin. Presque moelleux. Moi aussi je vais reprendre ma route. Une route différente de la leur. D’un autre pas. Pas forcément aussi assuré. Moi aussi je suis sur un chemin. Une quête. Une quête ancestrale. Sur cette route qui me conduira au gré du vent et de mes pas.

Une cérémonie religieuse. Plus loin. Une mariée en rouge. Elle est triste. Des larmes roulent sur ses joues. Le marié est gêné mais il donne le change. XXIème siècle : mariage arrangé, l’amour viendra peut-être après. Drôles de coutumes ancestrales qu’on perpétue ici encore. Les destinés sont jouées. Les mariés ne choisissent pas. Leur liberté est emprisonnée. Dans une coutume. Les parents sont contents. Sont-ce les seuls ? Réellement ? Ils se livrent les uns aux autres leurs enfants. Pour le bien de tous ? Pour leur bien à eux ? Le bien de leurs enfants ? Quelle est la part d’amour filial qui peut ainsi livrer son enfant à un inconnu, à l’enfant d’une famille qui « est bien sous tous rapports », qui a une terre qui a de l’or. Les mariés ne doivent pas avoir plus de seize ans. Elle va quitter son village et sa famille pour aller s’installer chez son mari et sa famille dans un autre village si peu loin de chez elle, à quelques kilomètres à peine, mais à des kilomètres de son cœur qui aujourd’hui est ailleurs. Sa tristesse n’apitoie aucun cœur. Il faut accepter le sort. Elle n’a pas voix au chapitre. Sa vie est inscrite.

Cependant que des enfants jouent à chevaucher un buffle. Ils sont insouciants. Ils vivent le moment présent. Joyeux, ils ne sont pas conscients. Du drame intérieur de la mariée. Enfants de la nature, cela ne fait pas encore partie de leurs préoccupations. Eux jouent. Mais plus loin, un autre travaille. Dans mon souvenir, c’était sur une plage, un jeune garçon qui menait son troupeau de vaches à la baguette. A peine dix ans. La vie des jeunes ici n’est pas forcément une vie d’écolier. C’est une vie de travail pour gagner de quoi se nourrir. C’est une vie à la rude. On ne fait pas dans le sentiment. On ne gâte pas ses enfants. On ne les emmènera pas dans un grand magasin pour leur acheter des jouets. Il faut qu’ils travaillent comme tout le monde s’ils veulent manger. Tout le monde exerce un métier. Il n’y a aucune assistance, pas de ressources sociales, pas de retraite. La vie se gagne. Un dur labeur. On se prend en charge. Avec le sourire. On attend pas que cela tombe dans la gamelle. On y va. Et on ne se plaint pas. Enseignement bouddhiste ? Enseignement confucéen ? C’est ainsi. On se bat.

C’est un peuple de fourmi. C’est pas pour rien qu’ils ont gagné la guerre. La ténacité, l’obstination, la volonté, l’acharnement, l’opiniâtreté coulent dans leurs veines. L’effort de guerre, ils connaissent. Le patriotisme, c’est dans leur sang. L’individualisme, ils ne connaissent pas. ..parler de la guerre transport a vélo…

Karine Richard

 

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